Méditation du Jour de Pâques

 Homélie du 23 avril 2000 à Rimont
(jour de Pâques)

 Le Christ ressuscité nous fait vivre
son amour pour le Père

 Jn 20, 1-9

Par la Résurrection du Christ nous devons entrer dans un monde nouveau, un monde divin : l’amour de Dieu dans sa grande victoire. A la Croix Jésus a été notre Sauveur, il a porté sur lui toutes nos détresses, tous nos malheurs, tous nos péchés, et il a fait de tous ces malheurs ses malheurs, sa souffrance et sa mort. A son Fils bien-aimé le Père a demandé d’offrir sa vie pour réparer, dans l’amour, toutes nos fautes. Et après cette mort douloureuse sur la Croix, après ce temps où son corps a été remis à la terre dans le sépulcre, l’âme de Jésus, avec le Père[1], a réalisé le grand mystère de la Résurrection : le Christ, dans son corps, a repris vie éternellement, comme le Fils bien-aimé du Père, comme celui qui nous a sauvés et qui est glorifié par le Père et par lui-même, par son âme.

Il est ressuscité et il n’est plus de ce monde : il est auprès du Père pour nous. Car cette Résurrection de Jésus est pour glorifier le Père et est aussi pour nous glorifier tous, chacun de nous en particulier. Il y a là quelque chose d’infiniment grand qui s’est réalisé au plus intime de notre cœur, et nous y croyons ; le Christ est ressuscité pour nous et sa vie glorieuse, sa vie victorieuse, sa vie d’amour de Fils bien-aimé nous est donnée, elle est donnée pour tous les hommes, si nous la recevons avec amour, si nous la lui demandons avec soif. Il frappe à notre cœur pour en prendre possession et nous donner son amour pour le Père, et nous glorifier dans la foi, dans l’espérance et dans l’amour ; sur terre c’est dans la foi et l’espérance, mais nous savons qu’un jour nous vivrons pleinement de sa gloire. Et déjà dès maintenant cette gloire nous est donnée à travers sa grâce : nous sommes des fils bien-aimés du Père.

Autour de nous le monde actuel reste indifférent à ce grand mystère ; et c’est très douloureux, de voir toutes ces personnes humaines tourner le dos au Christ, fêter encore la fête de Pâques (comme celle de la Nativité) mais d’une manière tout humaine et non pas du tout comme le mystère même du Christ ressuscité. Plus notre monde est indifférent, plus il s’affadit et tourne le dos au Christ, plus nous devons avoir soif d’aimer Jésus le plus que nous pouvons, et de vivre de sa Résurrection au plus intime de notre cœur et aussi à travers tout notre corps, toute notre sensibilité, tout ce qui est humain en nous : tout doit être transformé par lui. Nous sommes par le Christ des hommes nouveaux, des hommes rachetés par lui et ressuscités par lui.

  Et il est bon pour nous, aujourd’hui, de réfléchir sur les différentes manières dont la Résurrection du Christ a été vécue. Marie est la première à vivre de la Résurrection : elle n’a pas perdu de temps. Elle en a vécu tout de suite, dans le silence, et dans un silence victorieux, un silence de grande joie. Marie, qui avait été fidèle et qui avait suivi Jésus jusqu’à la Croix, jusqu’au tombeau, est restée, dans sa foi, son espérance et sa charité, unie au cœur blessé de Jésus. Elle est toujours restée « une » avec lui, vivant de lui, vivant par lui, vivant en lui ; et la Résurrection a été dans son cœur une joie prodigieuse…

Marie-Madeleine (les saintes femmes sont avant les hommes, dans cet ordre nouveau…), qui avait un tel désir de retrouver le cadavre du Christ et de vouloir lui exprimer son amour, a trouvé la pierre roulée. C’est la négation de son projet humain, de son projet liturgique qui l’avait prise d’une façon tellement forte qu’elle ne pensait qu’à cela. Le Samedi Saint, elle n’a pensé qu’à cela : Que faire pour exprimer son amour pour le cadavre du Christ ? Et dans la nuit Jésus était déjà ressuscité, il n’était plus au tombeau. La pierre roulée a été une négation formidable à l’égard du projet de Marie-Madeleine ; elle a été secouée au plus intime d’elle-même et elle s’est précipitée vers Jean pour avoir un réconfort, pour savoir ce qu’elle devait faire ; elle ne le savait pas, elle ne le savait plus : « On a pris son corps » (cf. Jn 20, 2)… Elle est allée trouver Pierre, elle a dit à Pierre et Jean son désarroi : « Il n’est plus au tombeau ; où est-il ? » Elle les a réveillés dans leur foi, dans leur espérance, et tous les deux l’ont suivie au tombeau. Pierre est entré le premier ; lui aussi, devant la négation de la présence du Christ, s’est réveillé. Jean est entré, et ayant vu le linceul roulé, mais vide de la présence du Christ, il a cru.

Cette négation — le Christ n’est plus de ce monde — doit nous aider à le découvrir comme il a aidé Marie-Madeleine et Pierre ; et plus profondément encore, le linceul roulé doit être pour nous comme un signe que Jésus a réalisé ce qu’il avait prédit : il est ressuscité en n’étant plus de ce monde. Et pourtant il est ressuscité pour nous qui sommes encore de ce monde, et il nous atteint au plus intime de notre cœur si nous croyons que sa parole est une parole de vérité. Il n’est plus de ce monde, il est dans le Royaume de Dieu auprès du Père, pour nous, et il est plus proche de nous que s’il était encore de ce monde parce qu’il nous atteint comme Dieu seul peut nous atteindre, au plus intime de notre cœur il nous touche et il nous demande de croire en lui. Il est ressuscité pour nous, pour être notre force, pour être notre lumière, pour être notre amour ; il est ressuscité pour nous parce qu’il nous donne son amour pour le Père, parce qu’il nous donne sa lumière, parce qu’il nous donne sa force.

Aujourd’hui, durant cette Eucharistie, nous le recevrons dans l’Eucharistie ; il nous a laissé ce signe, ce sacrement, pour que nous puissions, dans la foi, l’espérance et l’amour, être un avec lui et vivre de sa lumière et surtout de son amour pour le Père, de ce feu nouveau. C’est pour nous. Que notre communion d’aujourd’hui nous fasse vivre de son amour et réalise cette unité avec son cœur comme elle a réalisé l’unité avec le cœur de Marie, avec le cœur de Jean, avec le cœur de Marie de Magdala. Ayons soif de cela et demandons à Jésus de toucher le cœur de ceux qui se sont détournés de lui.

Que nous soyons dans ce monde des témoins de sa lumière, de son amour, de sa vie de Fils bien-aimé auprès du Père, de sa vie de Fils bien-aimé Sauveur des hommes qui nous ouvre le Ciel, qui nous ouvre la vie du Père : c’est pour nous. Soyons dans notre monde des témoins vivants de la Résurrection du Christ, de sa vie de Fils bien-aimé et de Sauveur de tous les hommes ; par la prière, par la parole, par la présence, par notre charité fraternelle, touchons ceux qui sont proches de nous et amenons-les, réveillons-les, touchons leur cœur et conduisons-les à Jésus pour qu’ils puissent eux aussi — ils en ont tellement besoin ! — vivre de ce mystère de la Résurrection.

 

[1] Cf. Somme théologique, III, q. 53, a. 4.

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