Méditation Vendredi Saint

Marie est donnée à Jean au moment où Jésus exerce sur Jean toute son attraction. Il faut être attiré par Jésus pour découvrir Marie, sinon on ne la découvre pas : elle est un trop grand secret. Elle est le secret du Christ, et c’est en étant attirés par Jésus à la Croix que nous pourrons découvrir ce secret : Marie, elle-même totalement attirée par Jésus, et attirée encore plus profondément que Jean, que nous, puisque, au moment où elle nous est donnée, elle n’est plus qu’un avec Jésus.

C’est au moment où Marie vit cette attraction d’amour, (attraction qui devient unité, car pour nous c’est l’attraction qui est l’amour en acte), où Jean lui-même est attiré par Jésus, et où l’un et l’autre sont donc comme reclus en Jésus, « cachés avec le Christ en Dieu » [1], c’est à ce moment-là que Jésus veut qu’ils soient unis d’une manière toute nouvelle — « qu’ils soient un comme nous sommes un » [2] —, dans cette attraction même et pour que cette attraction soit encore plus forte.

C’est pour cela que Marie nous est donnée : pour que Jésus crucifié puisse être pleinement pour nous sagesse [3]. Attirés l’un et l’autre par Jésus, Marie et Jean vivent le mystère de la Compassion, et c’est dans ce mystère de Compassion qu’ils sont unis par Jésus. Quelque chose de nouveau se réalise, un nouvel exercice d’amour, et ce « quelque chose de nouveau » permet à Jésus d’être encore plus donné à Marie et à Jean.

Nous devons toujours revenir là si nous voulons vraiment vivre de la nouvelle Alliance jusqu’au bout, dans toute sa surabondance d’amour (car l’alliance avec Marie est bien une alliance de surabondance). En effet, puisque Marie est tout entière attirée par Jésus, et que Jean l’est aussi, on pourrait dire que cela suffit. Et pourtant Jésus veut quelque chose de plus ; et c’est ce « quelque chose de plus » qu’il réalise dans cette alliance avec Marie [4].

Il fallait que Marie se laisse prendre par cette attraction de la Sagesse — Jésus crucifié — et qu’elle y réponde, et que Jean aussi soit pris par cette attraction, pour que puisse se réaliser cette nouvelle unité d’amour, cette nouvelle alliance : « Femme, voici ton fils (…) voici ta mère ».

C’est à l’intérieur de la contemplation de Marie à la Croix (contemplation de l’Agneau et, à travers lui, du Verbe dans le sein du Père), qu’il y a ce fruit le plus éminent, et en même temps le plus simple, de la charité fraternelle.

Celle que le Père a donnée à son Fils bien-aimé pour qu’elle soit sa Mère devient sagesse pour Jean. « Trône de la Sagesse », celle qui est tout unie à Jésus devient source de vie, de lumière et d’amour pour Jean. Encore une fois, c’est une surabondance d’amour, ce n’était pas nécessaire (dans l’ordre de la justice) ; et c’est bien pour cela que le mystère de Marie est si difficile à comprendre. Au niveau de la dévotion, c’est facile… mais la dévotion n’atteint pas le secret. Saint Louis-Marie Grignion de Montfort et saint Maximilien Kolbe nous font entrer beaucoup plus profondément dans le mystère de Marie que toute espèce de dévotion. Or ils ne font qu’une seule chose : nous apprendre à regarder ce qui se passe à la Croix.

La surabondance de l’amour, voilà la sagesse ; c’est par la surabondance de l’amour que nous pénétrons dans la Sagesse qui est « dans le sein du Père » [5]. C’est là que nous découvrons la fécondité dans l’ordre de l’amour. La raison n’a pas de fécondité, mais la sagesse en a une. La Sagesse, c’est « le Verbe qui spire l’amour » [6]. A la Croix, Jésus, notre Sagesse, spire l’amour en nous donnant celle que le Père lui a donnée et qui est tellement liée à l’Esprit Saint. Il veut qu’elle nous soit totalement donnée pour que, par elle, l’Esprit Saint nous soit entièrement donné et puisse transformer tout en nous, du dedans.

 Père Marie Dominique Philippe
Extrait de J’ai soif, chapitre IV

[1] Col 3, 3.

[2] Jn 17, 11 et 21-23.

[3] Cf. 1 Co 1, 30.

[4] Voir Les trois sagesses, pp. 306-307.

[5] Jn 1, 18.

[6] Voir II, p. 00 et note 00 ; VIII, p. 00.

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