Méditation Jeudi Saint

En ce Jeudi Saint, nous devons donc essayer de vivre de cette Pâque unique, que préfigurait la Pâque ancienne. Jésus en montre bien le caractère unique, qui réclame un regard nouveau. Car la Croix s’explique par la Croix, et non pas par ce qui était ordonné à la Croix, c’est-à-dire les préfigurations. Si on en reste aux préfigurations, qui ne pénètrent pas dans le mystère de la Croix, on reste dans l’Ancien Testament. Mais nous avons, nous, la réalité, et elle s’explique elle-même. L’amour n’a pas besoin d’explications extérieures à l’amour : celui qui aime, et lui seul, comprend l’amour. Ceux qui n’aiment pas tournent autour de l’amour et essaient d’expliquer, mais ils n’expliquent rien du tout : l’amour leur échappe. Cela, c’est éminemment vrai de l’amour divin, qui a en lui-même son intelligence divine. La Croix a son intelligence divine. Humainement, la Croix, c’est la mort, ce n’est pas très intelligible, ce n’est pas compréhensible, c’est purement négatif, alors que divinement, la mort du Christ a sa signification propre. Et à partir de la mort du Christ, notre propre mort est transformée, puisque celle du Christ nous fait entrer dans une vie nouvelle[1], le mystère de l’amour du Père pour nous. C’est Dieu le Père qui nous parle par son Fils[2], le grand prêtre qui, « tout Fils qu’il était, apprit de ce qu’il souffrit l’obéissance »[3] et « par une offrande unique a rendu parfaits ceux qu’il sanctifie »[4]. La Croix nous fait comprendre que par son Fils le Père nous pardonne tout, et le Père est infiniment miséricordieux puisqu’il nous donne son Fils comme pain et comme vin pour nous préparer à la vision béatifique. L’Eucharistie est un signe sensible mais qui a une signification divine et qui réclame la réalité. Or la réalité à laquelle nous conduit l’Eucharistie, c’est la vision béatifique.

Père Marie Dominique Philippe, Jeudi Saint 2005

 

[1] Voir entre autres Ro 6 ; 1 Co 15, 19-22.

[2] Cf. He 1, 1.

[3] He 5, 8.

[4] He 10, 14.

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