Méditation 5 du 4 août 2013 – la guérison de l’aveugle né

(Jean 9)

Ce qui est remarquable dans ce chapitre 9 de saint Jean, c’est qu’on voit cet aveugle de naissance en présence de Jésus. Et puis comme ce passage de Jésus entraîne pas mal de bruit autour de cet aveugle qui retrouve la vue, on voit aussi l’aveugle en présence de ses parents, puis en présence des voisins. Car un aveugle de naissance ne peut pas voyager beaucoup ! Et à quoi cela lui servirait-il ? Il était donc toujours au même endroit. On le voit donc en face de ses parents, des voisins, et en face des pharisiens qui veulent comprendre un peu ce qui se passe… Il devient très intéressant, cet aveugle de naissance ! Jusque-là, on ne lui prêtait aucune attention. Il était là, simplement. Sans doute certains lui donnaient une piécette ; on le connaissait comme cela et pas autrement : il mendiait, c’était le mendiant du coin. Les jours où on avait deux pièces, on les donnait ; parfois on n’avait rien, et on passait. Mais à partir du moment où il a recouvré la vue, tout le monde s’intéresse à lui. Non pas à cause de sa personne, mais parce que Jésus lui-même s’est intéressé à lui. Il est donc devenu un homme intéressant, même pour les pharisiens, qui auparavant ne prêtaient aucune attention à lui : un aveugle de naissance est un pauvre type, rebut de l’humanité, rejeté de Dieu. Jésus, lui, a porté tous les dégâts du péché originel. Jésus et Marie, qui n’ont pas été des aveugles de naissance, ont vécu au milieu des aveugles de naissance sans en être. Jésus a porté volontairement, et Marie avec lui, la situation de cet aveugle de naissance, le peu d’intérêt que les hommes portent à ce misérable. Et voilà que subitement, grâce à Jésus, sa situation change complètement. Voilà la première chose qu’on voit dans ce chapitre 9.

C’est capital, de découvrir le regard de Jésus sur nous en tant qu’aveugles de naissance. Il nous ouvre les yeux du cœur par la foi. La foi, en effet, c’est ce regard intérieur de Dieu au milieu des ténèbres de notre situation d’homme, au milieu des regards extérieurs des hommes, au milieu de leur manière d’exprimer et d’interpréter le mystère qu’ils ne pénètrent pas. Voyez comment vous regardent, en tant que croyants, ceux qui sont proches de vous, comment les « docteurs de la Loi » vous regardent, et comment Jésus, lui, vous regarde. Tout cela est dit dans ce chapitre. Relisez-le dans cette lumière et vous verrez que c’est admirable. C’est un chapitre très étonnant, très différent des autres. Car dans les autres, c’est toujours Jésus qui est le personnage principal ; alors que là Jésus est bien au point de départ, mais ensuite on regarde l’humanité. Dans l’Evangile de Jean, c’est là que le regard sur l’humanité, avec ses diverses réactions face à l’action de Jésus, est le plus développé. Chacun de nous s’y retrouve…

 

Père Marie-Dominique Philippe, o.p.

 Conférences 1996-1997

« Jésus-Christ, éducateur de la foi par les signes »

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