Méditation 4 du 28 juillet 2013 – la Samaritaine

La rencontre avec la Samaritaine (Jean 4)

La plus grande joie du cœur du Christ, c’est de nous écouter dans notre misère. Il est vrai que ce n’est pas drôle de se confesser, d’avouer ses fautes, de reconnaître que nous sommes des pauvres réduits à rien — comme tous les pauvres. Car il n’y a pas de distinctions entre nos pauvretés : nous sommes tous les mêmes, le péché n’a rien d’original, rien de personnel. C’est la même destruction de la personne. Le péché est individuel, au sens étroit ; il nous maintient dans la boue, il nous fait coller à des choses qui ne sont pas belles. Mais Jésus ne regarde pas le péché comme peut faire un pécheur, il le regarde comme étant le Sauveur, ce qui est tout autre. Dans son amour, il regarde le péché dans ce qu’il a de plus salissant, de plus terrible : ce qui brise notre lien avec Dieu le Père, avec Celui qui est amour, qui n’est qu’amour. Le péché est anti-amour, et il coupe les ailes du petit oiseau. Notre âme est comme un oiseau — la comparaison est de l’Esprit Saint[1] —, elle aime chanter et voler, et le péché l’alourdit, l’empêche de voler.

Notre cœur est fait pour aimer, et l’amour nous donne des ailes ; quand on aime quelqu’un et qu’on ne l’a pas vu depuis longtemps, on se précipite vers lui à toute vitesse. Et l’amour allège ; on a des capacités merveilleuses de ne plus sentir la fatigue, parce qu’on aime. Alors que dès qu’on est pris volontairement par le péché et qu’on s’y enfonce, on n’arrive plus à voler ; on est lourd, pesant, on est vieux avant l’âge parce que le péché vieillit et salit.

Jésus veut que cette femme, qui a eu cinq maris, retrouve le visage qu’elle avait avant son premier péché, le visage de la petite Samaritaine. Voilà ce que Jésus fait. La rencontre avec Jésus, c’est toujours quelque chose qui allège et qui fait disparaître le poids du péché — ce dont nous avons terriblement besoin. Et Jésus, voyant arriver les Apôtres, a un regard de joie ; c’est son mystère de Rédempteur qui commence.

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Saint Thomas, quand il se pose la question de la nécessité de la foi[2], souligne que nous avons besoin de la foi pour comprendre notre finalité, ce pour quoi nous sommes faits. Et notre finalité de chrétien (et notre finalité d’homme), c’est d’être fait pour la vision béatifique. Combien de chrétiens vivent-ils de cette finalité tous les jours, dès qu’ils se lèvent, qu’ils se réveillent ? Nous sommes faits pour la vision béatifique, et plus nous approchons du terme de notre vie, plus nous comprenons que toute notre vie de chrétien est finalisée par cela. Nous sommes faits pour la vision béatifique : voilà ce qui donne son sens à toute notre vie[3].

Père Marie-Dominique Philippe, o.p.

 Conférences 1996-1997

« Jésus-Christ, éducateur de la foi par les signes »


[1] Cf. Ps 124, 7 ; 102, 8.

[2] Voir Somme théologique, II-II, q. 2, a. 3, 4 et 7.

[3] Voir Somme théol., I-II, q. 3, a. 8.

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