Bienheureuse Mère Anne-Marie Javouhey – Histoire d’une lutte pour préserver un charisme…

Nous vous proposons l’histoire remarquable de la Bienheureuse Mère Anne-Marie Javouhey, qui lutta pendant 21 ans pour préserver le charisme de sa congrégation contre vents et marées… et prélats.

Biographie

Anne-Marie Javouhey, née le 10 novembre 1779 dans un village de Bourgogne, entend l’appel de Dieu à annoncer dans les cinq continents son amour pour tous, sans distinction de race, de religion, de condition sociale.

Elle met ses dons exceptionnels au service de Dieu et de son prochain et, le 12 mai 1807, fonde la congrégation des Sœurs de Saint Joseph de Cluny. 

Rien ne l’empêche d’agir pour  promouvoir la dignité et les droits  de tous ceux qu’elle rencontre, surtout les enfants, les malades, les pauvres, les Africains, les esclaves. Par trois fois elle part pour les colonies : en 1822, pour l’Afrique (Sénégal,  Gambie et  Sierra Leone) pour une durée de deux ans; en 1828 en Guyane pour 5 ans ; en 1835 elle retourne en Guyane afin de préparer des centaines d’esclaves à leur libération, pour une période de 8 ans.

Elle meurt à Paris le 15 juillet 1851 et  est béatifiée à Rome le 15 octobre 1950.

21 ans de lutte pour préserver le charisme de la congrégation

La congrégation des sœurs de saint-Joseph de Cluny a  22 ans d’existence lorsqu’Autun accueille son nouvel évêque : Monseigneur d’Héricourt, en 1829. Mère Anne-Marie Javouhey est en Guyane depuis 1828, ceci semble poser un problème au nouvel évêque…

Ce sera le début de difficultés et d’épreuves qui dureront 21 ans. Malgré cela les sœurs pourront réélire à l’unanimité mère Anne-Marie Javouhey comme supérieure générale.

Monseigneur d’Héricourt veut modifier les statuts afin d’être lui-même le supérieur avec tout pouvoir et empêcher l’orientation missionnaire de la congrégation.

Début décembre 1835, Monseigneur d’Héricourt  interdit à mère Anne-Marie Javouhey de partir comme il était prévu pour la Guyane. Elle lui répond qu’elle ne peut pas aller contre les ordres du ministre de la Marine, ce dernier ayant obtenu l’autorisation du ministre des Cultes.

Mère Javouhey embarque malgré le refus de Monseigneur d’Héricourt.

La conséquence directe de son départ est la fermeture de la chapelle de Paris par l’évêque de Paris

Mère Anne-Marie Javouhey et ses sœurs continuent de faire face  aux  pressions de toutes sortes de Monseigneur d’Héricourt en vue de leur faire signer des papiers pour le changement des statuts.

En octobre 1840, Monseigneur d’Héricourt exige auprès du préfet apostolique de Guyane et de l’aumônier des sœurs à Mana (Guyane) de faire signer le papier de la modification des statuts à Mère Javouhey. Si elle refuse il demande qu’elle soit privée des sacrements. Elle refuse…

Quelques mois plus tard, elle ne pourra plus assister à la messe que cachée derrière des claustras et sera privée du sacrement de réconciliation. Ceci pendant deux ans.

Elle quitte la Guyane mi juin 1843 (après la libération de tous les esclaves de Mana).

A son arrivée en août, elle peut communier. Certains évêques ont désapprouvé la mesure prise contre la fondatrice. Elle écrit aux sœurs de Guyane : « Tout le monde me fait tant d’accueil que je crois qu’on se moque de moi ; j’étais si peu accoutumée aux marques de bienveillance que je me surprends en larmes d’attendrissement, d’étonnement, de choses si nouvelles. »

A Cluny, il y a une centaine de postulantes et novices, sans compter celles qui attendent dans les autres maisons de venir au noviciat.

En 1845, on  découvre que l’aumônier du noviciat détourne postulantes et novices de la Congrégation et leur propose, dans le silence du confessionnal, d’entrer dans d’autres congrégations.

Mère Javouhey arrive à Cluny et demande à l’aumônier de ne plus rencontrer les novices. Il refuse.

Elle rassemble toutes les postulantes et novices et les laisse libre de la suivre ou de quitter la Congrégation. Seules 2 novices et 5 postulantes quittent la Congrégation. Aussitôt, Mgr d’Héricourt ferme le noviciat et la chapelle de Cluny.

Les novices et les postulantes partent avec Mère Javouhey et sont réparties entre 3 maisons.

A Paris, Mgr Affre a donné l’ordre de fermer de nouveau la chapelle de Paris. Les prêtres ont interdiction de confesser les ‘rebelles’. Un prêtre sur Paris acceptera pourtant de confesser Mère Javouhey. Pendant cette période, les évêques hésitent. Certains sont favorables à la fondatrice mais la solidarité épiscopale les empêche de prendre parti.
Elle reçoit tout de même l’appui d’amitiés solides dont celle du nonce.

Jusqu’à la fin de sa vie, Mère Anne-Marie Javouhey devra faire face à de continuelles pressions, dossier de calomnies, « tracasseries », injustices, de la part de Monseigneur d’Héricourt. Il ira jusqu’à s’adresser au cardinal secrétaire d’Etat du pape.

Le 8 juillet 1851, Monseigneur d’Héricourt meurt presque subitement.

Une semaine après, le 15 juillet 1851, Mère Anne-Marie Javouhey meurt.

Le 8 février 1854, la Congrégation est approuvée par le pape Pie IX.

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