Homélie du Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, « Treize fiancées pour le Seigneur ! »

Nous proposons à votre lecture une très belle homélie du Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, que certains ont eu la joie d’écouter le 2 mai 2008, au cours de la messe d’action de grâces pour la prise d’habit de treize sœurs contemplatives de la Communauté Saint-Jean à St-Jodard.

Vous pouvez également l’écouter en intégralité > ici <.

Chère Sœur Alix, mes petites sœurs bien-aimées,

Malgré la nuit dernière qui nous a tous enveloppés de silence et de paix, malgré les bonnes heures de sommeil qui ont endormi les images intérieures et reconstitué nos forces en écartant toute fatigue, nous sommes encore, il faut bien le dire, sous le coup de l’émotion… parce que treize enfants de la terre, que dis-je, treize enfants du Ciel, ou plus simplement treize femmes, ont décidé de manifester publiquement l’amour inconditionnel qu’elle portent au Christ et qu’elles entendent vivre, sur les années qu’il leur reste. Oui, l’émotion était à son comble hier soir, après le chant des vêpres, quand vous êtes entrées dans la chapelle sous le regard de vos parents, de vos frères et sœurs qui, j’en suis sûr, la gorge serrée et le cœur battant, vous ont accompagnées le plus discrètement possible, avec quelques larmes sans doute, jusqu’à l’autel où vous alliez par un geste insolite et hautement symbolique quitter les habits du monde, pour revêtir l’armure de Dieu, ou plus exactement, pardonnez-moi, l’image était trop masculine : votre robe nuptiale. Et je voudrais tout de suite que dans votre cœur, quelle qu’ait été l’implication ou la non-implication de vos parents dans le choix de votre vocation, je voudrais que ce matin vous remerciez très intensément le Seigneur au plus intime de vous-même pour tout ce que vous leur devez, à commencer par le don de la vie, mais aussi je songe en cet instant aux diverses tonalités de votre sensibilité reçues dans les gènes, sans oublier les efforts qu’ils ont faits pour que votre intelligence se déploie, que votre volonté soit active, que votre éducation soit la plus parfaite possible, et que la foi soit votre trésor ! Il faut donc dire MERCI à Jésus de vous avoir donné vos parents comme ils sont, puisque c’est Lui, qui, dans sa sagesse, a choisi le terreau dans lequel il vous a préparées, – encore une fois, même si pour certaines d’entre vous, ils n’ont influé en rien. Remerciez maintenant le Seigneur pour le don de vos parents  ; je le fais avec vous.

Et vous chers parents, n’oubliez jamais que le Christ vous est déjà éternellement reconnaissant d’avoir laissé votre fille bien-aimée, choisir l’absolu de l’amour ! De toute manière, quoi que vous en pensiez, c’est votre avantage, car Bernadette Soubirous, sainte Bernadette, a assuré un jour que Dieu ne permettait jamais que les parents des enfants consacrés aillent en enfer ! c’est une bonne nouvelle, non, ce que je vous dis là ! Pour vous, chers parents, il ne reste plus que le Purgatoire ou le Ciel : vous êtes avantagés !

Quand à vous, mes petites sœurs bien-aimées, c’est le paradis qui vous attend ! mais ce paradis il est pour plus tard, vous avez bien entendu : « pour plus tard ! » Ici bas, vous avez choisi, mais n’ayez pas peur, et soyez-en heureuses, vous avez choisi la voie de l’immolation , la voie du sacrifice, la voie du don de soi, la voie de l’oubli de soi : pourquoi se cacher la vérité ! Vous avez choisi d’aimer, n’est-ce pas, eh bien c’est le prix à payer : rien d’original à cela ! Des docteurs de l’Eglise jusqu’au dernier des poètes, tout le monde l’a dit et tout le monde le sait : quand on aime, on y passe tout entier, on ne se réserve rien, on ne sait même plus ce que l’on veut, ce que l’on désire  ; on est prêt à tout quand on aime vraiment pour la joie de l’être aimé  !

Vous savez que le Père Philippe, votre Père, « notre » Père, avait une sœur qui était dominicaine, Mère Cécile ; aujourd’hui je vais vous révéler ce qu’il disait d’elle, car je voudrais tellement qu’un jour, il puisse aussi dire de chacune d’entre vous la même chose : «  Ce qui faisait l’unité de la vie de Mère Cécile, disait-il, c’était cette soif qu’elle avait de demeurer dans une profonde unité avec le Cœur du Christ. C’était cette flamme d’amour qui possédait son cœur et qui le brûlait. Et cette flamme brûlante lui permettait de ne jamais se replier sur elle-même, de ne jamais apparaître terne. Cette flamme d’amour qui avait pris possession de son cœur, elle n’a cessé de l’intensifier par le désir, par le don d’elle-même, un don infatigable, un don qui n’a jamais cessé de croître ! Rien n’était de trop pour le Seigneur, et elle ne mesurait jamais le don d’elle-même. » Voilà, mes petites sœurs, ce que votre père vous redit aujourd’hui, voilà comment il vous aime et vous conçoit, toutes données à l’amour invisible de Jésus, en vérité plus réel et plus exaltant que l’amour humain le plus dense !

Bien sûr, II y a ce que vous laissez, et qui peut encore vous faire souffrir, – et c’est normal, et Jésus le comprend  : il l’a dit lui-même aujourd’hui dans l’évangile sous une forme imagée : «  La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée ». Vous aussi, votre heure est arrivée d’enfanter l’amour en vous donnant à Lui, et cela demande bien des dépassements : le don de votre liberté de mouvement, la remise entière de votre volonté dans les mains de la volonté divine signifiée par vos sœurs responsables hautement préoccupées par le bonheur de vos âmes  ; il y a aussi la belle croix que vous devez faire sur le grand amour humain dont vous avez peut- être rêvé depuis l’enfance, et puis, la grâce insigne de la maternité humaine qui vous taraudera longtemps, et jusqu’à vos petites robes d’été que vous ne porterez plus  ! Tout cela, nous en sommes bien conscients, et avec vous, nous voulons bien pleurer sur vos rêves évanouis, – mais pas trop tout de même  ! car ce serait en ce jour, faire offense au Christ que de regarder ce que vous perdez et non ce que vous gagnez. En vérité, vous venez d’entrer, mes petites sœurs nouvellement habillées, dans la cohorte des Vierges qui réjouissent le cœur sacré du Fils bien-aimé, et cela, sans aucun mérite de votre part, simplement parce que Lui vous aime d’un amour particulier qui a pris naissance bien avant que vous n’ayez été conçues, désireux qu’il était de vous choisir un jour pour épouse ; c’est désormais chose presque faite : vous voilà déjà fiancées  ! Ne regardez plus le passé, je vous en supplie, même s’il vous attire encore  ; pensez que sur les années qui viennent, vous allez vivre et demeurer continuellement en la présence de Dieu. Mais quelle chance unique ! Vous allez vivre près de lui, autant qu’il en est possible sur la terre ! Là où il habite, vous serez, au tabernacle et dans votre être, livrées à son amour brûlant que vous avez choisi, et il vous comblera, c’est sûr, en vous admettant dans son intimité, en s’entretenant avec vous, à mesure que la prière envahira vos cœurs et blessera vos genoux. Il y aura des secrets pour vous, pour vous seules, des marques de tendresse qui vous seront réservées, et dans le vallon du silence où vous allez vous enfoncer, vous entendrez dans la foi, murmurer à l’oreille, ses ordres, ses conseils, ses désirs… Pour vous d’abord, j’insiste, pour vous et pour le monde aussi que désormais vous allez porter avec lui en vue de l’accueil plénier de la Rédemption.

Mes petites sœurs, je vous le redis encore, ne regrettez pas le passé, l’avenir vous comblera  ! Et si vous ne communiquerez pas les traits de votre visage à la dizaine d’enfants que vous auriez pu avoir les unes et les autres, vous allez enfanter à la vie divine des milliers d’âmes que vous retrouvez au Ciel et qui alors se pendront à votre cou en vous appelant « Maman » ! Soyez des femmes fortes, mes petites sœurs, pas des gamines ! soyez des amoureuses du Christ, heureuses d’aller au bout du monde si l’on vous y envoie, et plus encore au bout de vous-mêmes pour sauver les âmes, les unes après les autres, à coup de prière, de bonne humeur et de sacrifice.

En regardant votre habit, et plus particulièrement sa couleur, je me suis souvenu que dans la symbolique de l’art religieux, le gris, formé comme nous le savons de noir et de blanc, représente à la fois la mort terrestre et l’immortalité. Les peintres du moyen âge d’ailleurs se sont servis du gris pour représenter le manteau du Christ signe de la résurrection dont il est enveloppé ! Mes petites sœurs, vous avez le même manteau que le Christ ! Il faudra donc que votre vie « cachée en Lui », manifeste aux yeux de tous, que la figure de ce monde est en train de passer et que les cieux nouveaux et la terre nouvelle se dessinent à l’horizon. N’oubliez pas non plus, que le blanc et le noir sont aussi les emblèmes de l’innocence et de la culpabilité et que traditionnellement, le mélange de ces deux couleurs forme l’image de l’innocence calomniée. C’est dire, mes sœurs, que vous êtes destinées à être incomprises ! Ne soyez donc pas étonnées si l’on vous traîne un jour dans la boue, comme le Christ avec son manteau gris le fut tous les jours de sa vie jusqu’à en mourir. Soyez donc heureuses, mes petites sœurs bien-aimés, malgré les inévitables épreuves qui surgiront, venues de toutes parts… Oui, soyez heureuses, et surtout que cela se voit, sur votre visage, sur votre maintien, sur votre élan, sur votre sourire, et dans l’amour aussi que vous vous portez les unes aux autres, en suprême témoignage que vous êtes au Christ.

Et puis, dites vous toujours, cela vous consolera, lorsque vous marcherez en direction d’une salle de cours, de la cuisine, ou de la chapelle, et que vous caresserez les grains de votre rosaire qui désormais pend à votre ceinture, dites-vous toujours que la sainte Vierge n’a rien perdu de sa beauté originelle à mesure qu’elle entrait plus avant dans le mystère de sa vocation. Sa foi, son espérance et son amour, allant grandissant de jour en jour, devaient éclairer son visage d’une lumière céleste de plus en plus resplendissante  ! C’est ce qui va vous arriver, mes petites sœurs bien aimées, vous allez restez belles, vous allez même le devenir encore davantage, mais, cette fois-ci, de la vraie beauté qui plait au Père.

Mes sœurs, en ce moment, sans effort, j’imagine notre bon Père Philippe participer du haut du Ciel à notre célébration ; il est à côté de la sainte Vierge. Où pourrait-il être ailleurs  ? Il me semble le voir les mains jointes comme il les gardait toujours, vous vous souvenez, quand il était en prière, ses mains n’étaient pas seulement nouées mais serrées, soudées par la force de l’amour qui l’unissait à Jésus, car le Père Philippe, votre Père, c’était l’homme de l’intensité, c’était l’homme de la ferveur, c’était l’homme du tout ou rien, c’était le saint Jean de Jésus, prêt à tout entreprendre dès l’instant où le Maître le lui demandait, et c’est pourquoi, voyez, en ce moment, j’en suis sûr, le Père Philippe, prie pour vous, ou plus exactement pour chacune d’entre vous afin que vous entriez résolument et le plus vite possible dans la démesure de l’amour  !

Mes petites sœurs, assez parlé, vous avez tant à vivre, il faut que je m’arrête, et je le fais sur cette magnifique prière que j’espère vous ferez vôtre. Elle vient de Michel-Ange et saint François de Sales l’aimait beaucoup.

La voici :

« Seigneur, accorde-moi la grâce de toujours désirer plus que je ne peux accomplir. »

C’est d’accord ? Amen !

Découvrez toutes les prédications du Père Michel-Marie sur son site http://www.delamoureneclats.fr.

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