Un épisode de la vie de Mary Mackillop


MaryMacKillop

Mary Mackillop est née à Melbourne en 1842. Elle est la première enfant de Flora et Alexander MacKillop qui ont émigré d’Ecosse. Nous sommes au milieu de l’ère Victorienne et la colonie d’Australie a 30 ans d’existence. Son enfance n’est pas facile, elle doit aider à élever ses frères et sœurs, mais à 16 ans, alors qu’elle est gouvernante chez un oncle, elle rencontre un prêtre qui va lui permettre de ne pas enfouir en elle son désir d’être religieuse. Il l’aidera à fonder le premier Institut religieux en Australie, dédié à l’éducation des enfants pauvres.

La règle de vie des Sœurs de Saint Joseph mentionne : « Elles doivent être pauvres, humbles, et se considérer comme le plus petit des ordres religieux, cherchant à vivre cachées en Dieu comme la vie de saint Joseph l’était ».

Le 6 Août 1870, Mary écrit sa première lettre circulaire aux sœurs, pratique qu’elle poursuivra toute sa vie :

« Je ne peux pas écrire à chacune, mais cette lettre exprime l’amour et l’unité qui doit régner entre nous. Chères sœurs, aimons-nous profondément. Aimons-nous de telle sorte que nos couvents soient pour nous de petits Ciels sur la terre. Les orages et les persécutions viendront sur nous, les méchancetés et les humiliations de toute sorte, mais dans nos couvents, rien d’autre que la charité et l’amour ne règneront. Mes sœurs, nous devons regarder nos fautes et imperfections, mais jamais celles des autres. Si vous avez des tentations, ne les partagez pas entre vous. Personne ne doit les connaître sauf votre supérieure immédiate. Beaucoup de malheurs seraient évités si on se rappelait toujours cela ».

Malgré cette magnifique lettre, ce seront des jalousies et des murmures qui vont faire naître la grosse crise que traverse la jeune communauté cette même année. Il y a alors 127 sœurs dans l’Institut.

Le 2 septembre, alors qu’elle est en visite dans un autre couvent, elle reçoit une lettre de l’Evêque qui lui dit qu’il est mécontent des sœurs et lui demande de revenir le plus vite possible. Il se plaint entre autre du trop grand nombre de sœurs dans la maison Mère, il dit qu’elles sont mal formées et qu’il va changer la Règle et introduire des sœurs de chœur et des sœurs converses, qu’il n’y aura plus de Supérieures dans les couvents mais que tout le monde dépendra directement de lui. Il cite le cas d’une sœur qui a osé donner son opinion en réponse à une de ses remarques au lieu de garder le silence. Il évoque aussi une plainte déposée par un prêtre.

Mary fait une enquête et s’aperçoit que cette plainte n’existe pas. Elle tente de l’expliquer à son Evêque mais il lui répond qu’il n’attend pas cela d’elle mais son humble soumission. « Je lui ai dit qu’il pouvait tout faire et même supprimer l’Institut, mais qu’il ne pouvait pas modifier la Règle, et que s’il le faisait, je partirai pour pouvoir y rester fidèle ».

Peu après, Monseigneur lui adresse un message en lui disant qu’elle est envoyée dans un couvent éloigné de l’Institut où elle doit se rendre aussitôt. Mary ne veut pas désobéir mais elle pense que son devoir est de ne pas laisser ses sœurs sans défense mais de retourner voir l’Evêque : « c’était mon devoir de lui demander s’il avait vraiment compris ce qu’il était en train de faire ». Elle lui demande donc un rendez-vous par l’intermédiaire du prêtre qui sert de messager.

Cette même nuit, entre 10 et 11H, on vient l’avertir qu’en conséquence de sa désobéissance, elle a été excommuniée. Le lendemain 22 septembre, l’Evêque vient au couvent accompagné de 4 prêtres. Il fait venir Mary qui s’agenouille devant lui. L’Evêque a sa mitre et sa Croix. Il lui dit qu’en raison de sa désobéissance et rébellion, il doit prononcer contre elle la sentence d’excommunication. Il termine en disant : « Vous êtes désormais Mary MacKillop, libre de retourner dans le monde ».

Mary fait de cet instant un témoignage bouleversant :

« Je suis restée encore à genoux, consciente de la présence des prêtres, mais j’ai ressenti un si grand amour pour leur charge ! je ne sais comment décrire mes sentiments, mais je peux dire que je me suis sentie très heureuse et proche de Dieu, plus proche que je ne l’avais jamais été. Je ne peux me rappeler que le sentiment de calme et la présence si belle et aimante de Dieu. On m’a dit que les prêtres avaient été surpris de mon silence mais je ne pouvais prononcer un mot. L’Evêque a aussi ajouté que toute sœur qui me parlerait serait aussitôt excommuniée. Ils sont partis en enlevant le Saint Sacrement et tous les ornements liturgiques ».

Elle quitte aussitôt le couvent et les sœurs sont obligées de se disperser. Elles sont calomniées dans la presse mais beaucoup de prêtres les aident en secret.

Le 2 mars de l’année suivante, un télégramme annonce que l’Evêque est sur le point de mourir et a levé l’excommunication. Elle peut reprendre son nom de religion, Mary of the Cross :

« La Croix est ma part. Elle est aussi mon doux repos et mon soutien. Je ne peux pas être heureuse sans la Croix. Je ne la laisserai pas pour tout ce que le monde pourrait me donner ».

Le 11 mai 1873, elle part pour Rome pour faire approuver sa Règle. Elle y parvient après bien des luttes qui l’accompagneront toute sa vie : Mary et ses soeurs seront en conflit avec de nombreux Evêques, elle sera même accusée d’être alcoolique (elle consomme du brandy comme médicament).

Après une attaque, elle restera invalide à partir de 1902 jusqu’à sa mort en 1909 (elle est toujours Prieure Générale de son Ordre car ses sœurs ont continué de l’élire malgré sa maladie).

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